Les Châtaigniers en Limousin
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Les Châtaignes pour nourrir

         " Quand j'ai travaillé à la mine (mines d'or de Cheni à Saint-Yrieix la Perche -- 1923 ) j'ai eu de l'argent. C'était la première fois que je pouvais manger mon aise de pain. " Ces paroles d'un limousin né avec le XX ème siècle expriment la crainte ancestrale de la disette. L'histoire du Limousin est jalonnée d'années difficiles. Quand la récolte de seigle était mauvaise, il ne restait plus que les châtaignes, attendues avec crainte et espoir. Sans les châtaignes, les limousins ne pouvaient pas se nourrir avec les autres productions.

         Les statistiques agricoles de 1808 (Premier Empire) le montrent clairement.

         En Haute-Vienne 256000 habitants devaient vivre sur une superficie de 550 000 hectares dont un tiers était des landes ou des terres incultes. On peut imaginer un partage des terres et des prés entre les familles (au prorata). Le tableau ci-dessous représente la part d'une famille de 6 membres.

       Quantités recensées en Limousin           Part d'une famille de 6 personnes     
     ha de terres labourables en céréales (hors jachère )      100 000 2,4
Vaches 50 000 1,2
Porcs 87 000 2
Moutons 630 000 15
ha de châtaigneraies 33 500 0,6


        Que pouvaient produire 2,4 ha de céréales en 1808 ?

        Un hectare de seigle en bonne année donnait 8 hectolitres/ha (après déduction de la semence : 2 hl/ha). Dans le cas envisagé, les 6 personnes disposeraient de 20 hectolitres de céréales. Il faut encore en enlever une partie pour payer les impots. Il fallait bien les châtaignes pour éviter une sous-nutrition endémique.

        Une châtaigneraie de 0.6 ha contient environ 50 arbres pouvant pruduire 20 à 30 kg/an chacun.Avec un repas quotidien de 2 kg de châtaignes par jour et par personne les 6 pouvaient se nourrir 100 jours. La châtaigne était une ressource alimentaire directe. Elle représentait aussi une ressource indirecte, car les années d'abondance, elle était transformée en graisse et en lard par les porcs qui en mangeaient dans leur ration.

        Le porc limousin de la race "Cul Noir" était un auxiliaire précieux. D'une rusticité exceptionnelle, il était capable de survivre, famélique, à la recherche de la moindre nourriture, pendant 2 à 3 ans. Puis il recevait enfin une alimentation où les châtaignes tenaient une bonne place ( les brisures, les véreuses, les gelées ... il en tirait partie ).
        D'une aptitude remarquable à faire du gras, il pouvait présenter jusqu'à 12 ou 15 cm de lard sur le dos. Un porc "Cul Noir" avait 50 % de son poids en graisse et lard. Le lard salé était réparti sur toute l'année.
Après la guerre de 14-18, un porc de race limousine, mieux nourri qu'avant, pouvait peser jusqu'à 250 kg. Animal généreux, il n'avait que 10 % de déchets à l'abattage.
figure Cochon cul-noir